Artemisia, la plante qui guérit la malaria : interview du Dr Lucile Cornet-Vernet | Naturo-Passion.com

Artemisia, la plante qui guérit la malaria : interview du Dr Lucile Cornet-Vernet

Dans le cadre du dossier consacré à l’Artemisia annua, la plante qui guérit du paludisme, j’ai contacté Lucile Cornet-Vernet, très investie pour la reconnaissance de cette plante dans la communauté scientifique et médicale. Pour les lecteurs de Naturo-Passion, elle raconte son combat, qui nous concerne tous. N’hésitez pas à partager cet article pour faire connaître son travail et celui de l’Association qu’elle a créée : La Maison de l’Artemisia.

A suivre : un extrait passionnant du livre « Africa Trek 2 » où Alexandre Poussin narre sa guérison du palu avec la tisane d’Artemisia.

Dr Cornet-Vernet, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Naturo-Passion et nous dire comment vous en êtes venue à vous intéresser à l’Artemisia annua ?

Je suis orthodontiste, amoureuse de la Nature, présidente de l’Institut Sylva de la ferme du Bec Hellouin, passionnée par les médecines ancestrales et allergique à l’injustice.

Sonia et Alexandre Poussin sont des amis, leur guérison avec la tisane d’Artemisia en Éthiopie m’a fortement intriguée. Nous avons décidé de monter une association et de prendre le sujet à bras le corps !

Cette plante figure depuis fort longtemps dans la pharmacopée chinoise. Quelles sont les principales propriétés de cette plante ?

C’est un puissant antiparasitaire, un booster de système immunitaire.

Qui les a établies scientifiquement et depuis quand ?

La médecine traditionnelle chinoise l’utilise et la répertorie depuis 2000 ans. Et de nombreuses petites études cliniques ont été réalisées depuis 30 ans.

Dans le cas du paludisme, est-elle efficace en préventif et en curatif ?

Oui tout à fait, même si dans le cas du préventif, il est important de noter que dans les pays impaludés les personnes acquièrent petit à petit une immunité contre le paludisme. C’est pourquoi ce sont les enfants qui paient le plus lourd tribu à cette maladie. Ainsi, le dosage en préventif ne peut être le même pour tout le monde.

Le film Malaria Business où vous intervenez a mis au grand jour les enjeux sanitaires et financiers de la question du paludisme. Cette maladie qui a touché en 2016, 216 millions de personnes dans 91 pays (chiffre en augmentation) et qui tue près d’un demi millions de personnes par an, principalement des enfants. Pourquoi cet échec (relatif) ?

Les causes sont multiples. Il est très difficile d’empêcher des moustiques de se développer et de piquer. Lors des saisons des pluies, les flaques et autres réserves à larves sont absolument partout …

Et les médicaments sont de moins en moins efficaces car l’agent infectieux devient résistant en quelques années dès qu’une nouvelle molécule est mise sur le marché.

Et l’horreur actuelle est que la moitié des médicaments en vente sur le continent africain sont des contrefaçons.

Quelles sont les limites des médicaments actuels ? Quelle est leur efficacité et sont-ils accessibles aux populations les plus pauvres ?

Aucun médicament actuel ne tue complètement le parasite dans le sang. Chaque personne qui a eu le paludisme est capable de le transmettre via le moustique. Leur efficacité décroit aussi et l’accès est très inégal selon les pays et les territoires. Globalement, 36 % des enfants africains reçoivent le médicament recommandé par l’OMS à base d’Artemisinine (un ACT).

Un vaccin anti palu serait sur le point d’être commercialisé prochainement, mais les premiers résultats ne montrent une efficacité qu’à hauteur de 30%. La solution peut-elle et doit-elle passer par un vaccin alors que la plante semble avoir des résultats très prometteurs ?

Il y a eu plus de 40 candidats vaccins contre le paludisme. Aucun n’a vraiment fonctionné. Oui cette plante est la solution. Elle est très efficace avec ses 20 molécules antimalariennes et très accessibles pour les populations. Le dosage est bien connu et la posologie simple.

Savez-vous pourquoi l’Artemisia annua est interdite en France et en Belgique, alors qu’elle est en vente libre en Allemagne ou au Luxembourg ?

Elle ne fait pas partie de la pharmacopée française alors qu’elle pousse sur les bords d’autoroute ! Nous avons de très efficaces lobbies pharmaceutiques et l’herboristerie n’existe plus en tant que telle depuis 1947.

N’y a t-il pas possibilité d’harmoniser les législations nationales en matière de plantes pour disposer au niveau européen d’une pharmacopée valable dans l’ensemble des pays de l’Union européenne ?

Nous sommes en train de travailler sur cette question.

Dans le film, un chercheur expliquer ses réticences sur l’utilisation directe de la plante plutôt que des médicaments dont la teneur en principe actif est dûment contrôlée. C’est d’ailleurs la position que soutiennent l’OMS ainsi que la Fondation Bill et Melinda Gates qui collabore avec les laboratoires pharmaceutiques pour la conception d’un vaccin. Que répondez-vous à cela ?

C’est dans notre habitude de prendre une molécule dans un médicament normé qui va guérir une maladie. Le principe actif reconnu par la pharma dans l’Artemisia annua est l’Artemisinine. Mais cette plante contient 400 molécules actives dont 20 prouvées antimalariennes, elle est une véritable polythérapie.

De plus, les études faites avec l’Artemisia afra montrent une efficacité équivalente à l’annua. Or, l’afra ne contient pas d’Artemisinine, c’est bien la preuve qu’autre chose tue le plasmodium (NDR : parasite responsable du paludisme)… Et, entre des médicaments faux ou périmés et une plante dans son jardin, efficace et dont la posologie a été prouvée qu’est ce qui est le mieux pour les populations les plus pauvres du globe ?

Qu’une tisane de plante, qui ne coûte presque rien à produire, soit plus efficace que les médicaments composés de certains principes actifs isolés de la même plante puisse heurter certains intérêts se comprend aisément. Comment vivez-vous cette aventure aujourd’hui ? Vous considérez-vous comme une lanceuse d’alerte ? Avez-vous eu des pressions ou des tentatives d’intimidation ?

Je fais mon devoir d’être humain. J’ai lu les milliers de documents sur l’Artemisia, j’ai compris que son efficacité n’était pas une blague donc j’avance sur tous les fronts avec une centaine de chercheurs et amis de par le monde. En effet c’est une belle aventure humaine et scientifique. Oui, je me considère comme une lanceuse d’alerte : une solution simple efficace et accessible existe contre la plus grande pandémie mondiale.

Vous indiquez dans le film avoir des relais politiques ou dans l’administration et semblez plutôt optimiste quant à la suite des événements. Les études scientifiques en cours de publication vous certainement aider à faire sauter les derniers verrous administratifs qui bloquent l’utilisation de la plante. Pouvez-vous nous en dire plus sur ces études ? L’absence de toxicité de la plante aux doses utilisées sur le terrain a t-elle été prouvée ? Son efficacité est-elle démontrée ?

Les études vont être publiées prochainement dans une revue médicale, Phytomedicine. Elles prouvent l’absence de toxicité et d’effets secondaires ainsi que leur grande efficacité contre le paludisme dû au Plasmodium falciparum et la schistosomiase (NDR : infection parasitaire aussi appelée bilharziose).

La voie scientifique est la seule valable car capable de convaincre et lever les verrous. Oui, nous avons de nombreux appuis dans les grandes institutions en charge de ces problèmes. Les murailles vont tomber d’elles-mêmes.

L’Artemisia est une plante du règne végétal qui ne peut être brevetée. Comment pourrait-on dans ces conditions associer les laboratoires à vos découvertes pour ne plus être dans l’affrontement stérile entre médecine traditionnelle d’une part et médecine moderne d’autre part ?

Je ne pense pas qu’il y ait matière à un affrontement. Les laboratoires mettent sur le marché depuis des décennies de molécules contre le plasmodium. Les résistances arrivent rapidement derrière et obligent tout le monde à une fuite en avant très très coûteuse. Or ces médicaments ne peuvent être vendus chers à une population si pauvre. Tout le monde attend une polythérapie ne provoquant aucune résistance. Si c’est une plante accessible, réjouissons-nous !

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre association La Maison de l’Artemisia et comment nous pouvons vous aider ? Planter des graines d’artemisia alors que sa commercialisation est interdite en France relève d’un acte militant. Et si on en plantait tous dans nos jardins ?

Nous avons créé une trentaine de Maisons de l’Artemisia dans 15 pays. Ce sont des centres de formation à la culture et la thérapeutique par l’Artemisia. Parallèlement nous avons financé des études agronomiques de sélection de semences et des études médicales. L’important est de diffuser cette culture partout où le paludisme sévit. Aujourd’hui, il y a des centaines de producteurs et un grand site web ressource est en construction. Tout sera en open source.

Oui, nous avons le droit de planter l’Artemisia annua dans nos jardins français mais ça ne fera pas avancer sa culture en Afrique… Aujourd’hui nous avons besoin de dons, et sommes heureux de passer en Fondation abritée par la Fondation Caritas dans quelques semaines.

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Soutenez les actions de la Maison de l’Artemisia et devenez acteur du changement nécessaire à ce monde, faites un don ou adhérez à l’Association (20 €).

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A suivre : la prochaine partie de ce dossier sera un extrait d’Africa Trek 2 où Alexandre Poussin raconte comment en Éthiopie, la tisane d’Artemisia l’a guéri du palu.

 

Portez-vous bien !

 Florian KAPLAR
Diététicien-Naturopathe
© Naturo-Passion.com

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