Est-ce vraiment si grave de ne pas prendre de petit-déjeuner ? - Naturo-Passion.com

Est-ce vraiment si grave de ne pas prendre de petit-déjeuner ?

Sauter petit dejeuner

C’est devenu une injonction culpabilisante : « il faut manger le matin », « le petit-déjeuner est le repas le plus important », nous dit-on !

A force de l’entendre, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une vérité révélée, elle est pourtant loin d’être validée scientifiquement sur le plan nutritionnel.

Mais de temps à autre, des études viennent au secours du discours officiel et « rappeler à l’ordre » ceux qui s’abstiennent de manger le matin (environ 1 adulte sur 5), parmi lesquels ceux qui pratiquent le jeûne intermittent.

L’une de ces études, conduite par la Harvard School of Public Health, suggère que les hommes qui ont l’habitude de démarrer la journée sans petit-déjeuner auraient un risque augmenté de 27% d’être frappés par une attaque cardiaque ou de mourir d’une insuffisance coronarienne.

Diantre !

Alors, sauter le petit-déjeuner, est-ce si grave ou pas ?

Regardons d’un peu plus près cette étude…

Cette étude [1], qui s’est donnée pour objectif d’analyser les habitudes alimentaires de 26.902 hommes professionnels de santé américains âgés de 45 à 82 ans, suivis entre 1992 et 2008, suggère donc que les personnes qui prennent un petit-déjeuner, quelle que soit l’heure (un petit-déjeuner pris à 11h ou 12h est-il toujours un petit-déjeuner ?) auraient un risque coronarien diminué de 27% par rapport à ceux qui s’abstiennent.

Les critères retenus

On peut tout d’abord être étonné que les deux groupes étudiés, le groupe des personnes prenant un petit déjeuner (« à toute heure ») et le groupe des personnes ne prenant pas (jamais ?) de petit déjeuner soient de tailles très différentes, le premier étant constitué de 23.516 individus et le second de 3.386, soit seulement 14,4% du total, quand on sait que dans la population américaine, le taux de personnes ne prenant pas de petit déjeuner était de 18% en 2002 mais de 25% en 1991.

NB : Je me permets cette remarque avec une pointe d’ironie, mais quand on voit la vitesse à laquelle l’état de santé des Américains se dégrade [2], on peut se demander s’ils ne seraient pas plus inspirés d’être plus nombreux à ne pas prendre de petit déjeuner comme ils l’étaient encore en 1991 où leur état santé était bien meilleur qu’aujourd’hui…

Ensuite, le surrisque coronarien de 27% associé à la non prise de petit-déjeuner, a été évalué après ajustement sur les facteurs dits de confusion suivants :

  • qualité de l’alimentation
  • nombre de calories
  • consommation d’alcool
  • fréquence des repas
  • caractéristiques du sommeil
  • activité physique
  • tabagisme
  • antécédent familial d’infacrtus du myocarde précoce
  • activité professionnelle
  • examen physique récent

Sachant que les personnes qui ne prennent pas de petit-déjeuner présentaient les caractéristiques suivantes :

  • plus jeunes
  • souvent fumeurs
  • travail à temps plein
  • célibataires
  • consommant plus d’alcool
  • faisant moins d’activité physique

on peut se demander quel aurait été le surrisque non corrigé de ces caractéristiques constatées chez les jeûneurs du matin ?

Par ailleurs, si l’on prend en compte d’autres facteurs de confusion comme :

  • l’indice de masse corporelle
  • l’hypertension artérielle
  • l’hypercholestérolémie
  • le diabète

le surrisque ajusté descend brutalement de 27 à 18% !

Les limites de ce genre d’étude

Une étude d’observation n’est pas une étude clinique !

Cette étude d’Harvard est une étude d’observation ou étude épidémiologique, et ne fait, comme toutes les études de ce type, que poser une hypothèse. Elle ne prouve aucun lien de causalité qui ne peut être mis en avant que dans le cadre d’une étude d’intervention ou étude clinique.

D’autre part, les études d’observation ne peuvent prendre en considération tous les facteurs de confusion possibles et imaginables. Cette étude ne tient pas compte, par exemple, du lieu de vie, de l’environnement social, de la prise de drogues illicites, non déclarées bien entendu par les participants, etc.

A la différence des études d’observation, l’étude clinique réalise une situation expérimentale qui permet au maximum de minimiser les facteurs de confusion et ainsi d’autoriser le lien de causalité qui avait été suggéré par hypothèse lors de l’étude d’observation.

Des résultats obtenus uniquement par exploitation de questionnaires remplis par les participants eux-mêmes

Sachant que toutes les données utilisées pour obtenir les résultats de cette étude proviennent de questionnaires remplis deux fois l’an par les participations eux-mêmes, sans contrôle possible de l’exhaustivité des informations fournies par chacun des participants, ni examen clinique de la totalité des participants pour vérifier leur état de santé, les conclusions tirées de ces résultats sont à prendre avec beaucoup de circonspection.

Il s’avère par ailleurs que des personnes ont parfois « oublié » de retourner leurs questionnaires ou ont retourné des questionnaires incomplets. Il y a donc des périodes avec des données manquantes voire erronées et cela affecte fatalement les résultats… Dans quelle mesure ? Personne ne peut le dire, mais au vu de la variation des résultats selon que l’on prenne certains facteurs de confusion ou non (le surrisque coronarien pouvant passer de 27 à 18%), il est clair que les hypothèses posées par cette étude en sont particulièrement affaiblies. 

Des résultats parfois surprenants !

Alors que le principal résultat annoncé dans tous les médias : « sauter le petit déjeuner augmente le risque cardiovasculaire de 27% », les chercheurs admettent paradoxalement qu’aucune association n’a pu être détectée entre le nombre de repas quotidiens et le risque cardiaque. Autrement dit, prendre 1 ou 2 repas par jour tout comme en prendre 4 à 5 revient (presque) au même que d’en prendre 3 (valeur de référence).

Est-ce à dire que le petit déjeuner soit le seul repas à poser un problème lorsqu’on le supprime ? Ces résultats le laissent penser. Mais alors pour quelle raison ? Peut-être faut-il creuser du côté du rythme circadien de la sécrétion de cortisol le matin entre 6h et 8h qui stimule l’appétit et régule la glycémie. Mais c’est là un autre sujet sur lequel cette étude ne nous éclaire absolument pas…

Autre résultat étonnant, il apparaît au vu des données de l’étude, que les personnes qui sautent le petit-déjeuner regardent la télévision beaucoup plus que les autres. Ils sont en effet en proportion 30% plus nombreux à regarder la télévision au moins 21 heures par semaine. On pourrait se demander si ce n’est pas la télévision qui constitue un facteur de risque cardiovasculaire plutôt que l’absence de petit-déjeuner… D’ailleurs une étude d’observation ne pouvant conduire qu’à formuler des hypothèses devant être confirmées lors d’une étude clinique, j’invite les chercheurs à vérifier cette hypothèse là aussi.

Une étude qui en définitive ne peut appeler à aucune recommandation sur le plan alimentaire

Le Pr Jean-Michel Lecerf, chef du service de nutrition de l’Institut Pasteur à Lille, interrogé par le site Medscape France, appelle à la prudence quant à l’interprétation des résultats de cette étude. S’il recommande pour sa part le petit-déjeuner, il reconnaît qu’il y a des personnes qui ont pris le pli de sauter le petit déjeuner et à qui ça convient très bien pour des raisons métaboliques. Il ajoute cette remarque très importante : « ce n’est pas en se privant de petit-déjeuner qu’on va inverser son risque cardiovasculaire ».

Quelle conclusion ou quelle non-conclusion ?

Les études ne sont pas unanimes sur les bienfaits supposés du petit déjeuner

Bien que les experts en nutrition reconnaissent qu’on est loin d’avoir mesuré toute l’influence du petit-déjeuner (et surtout « quel » petit déjeuner ?) sur la santé, l’on continue à nous marteler que le petit déjeuner est très important et ne doit pas être supprimé.

Pourtant, dans le même temps, de nombreuses études ont mis en avant les bienfaits de la pratique bien maîtrisée du jeûne intermittent qui induit la plupart du temps la suppression du petit déjeuner, cf. mon premier article sur le jeûne intermittent ainsi que cet autre article , qui suggère que le jeûne intermittent contribuerait à prévenir le diabète et les maladies cardiovasculaires.

De plus, si l’étude d’Harvard préconise de prendre un petit déjeuner, elle ne dit pas quel type de petit déjeuner est idéal sur le plan nutritionnel et laisse la part libre à l’imagination.

Car il y a petit déjeuner et petit déjeuner.

Entre manger chaque matin du bacon grillé avec un oeuf au plat ou un fruit avec un yaourt, il y a tout de même une sacrée différence sur le plan nutritionnel et celui de la santé cardiovasculaire !

Même si on trouve encore couramment charcuteries et rillettes sur la table du petit déjeuner de nos ruraux, le petit-déjeuner « à la française » est composé pour la plupart de viennoiseries industrielles ou de tartines de pain blanc beurré avec de la confiture ou du miel, trempées dans du café au lait. La mode anglo-saxonne nous a amené les céréales, qui aujourd’hui n’ont de céréales que le nom car quand on lit la composition des produits vendus dans le commerce, souvent trop gras et trop sucrés, il y a de quoi frémir.

Les différences sont donc énormes d’une personne à l’autre et même d’un petit déjeuner à l’autre pour une même personne, sachant qu’on n’est tout de même pas obligé de prendre tout le temps le même petit déjeuner ! C’est pour cette raison d’ailleurs que je pense que le nombre de calories est un critère insuffisant et qu’il vaut mieux prendre en compte la qualité nutritionnelle des aliments pris au petit déjeuner.

En effet, quel rapport entre une crème Budwig, composée d’aliments crus et vivants, et une part de brioche tranchée industrielle contenant des acides gras trans et du sucre blanc raffiné, véritable poison addictif ?

Supprimer le petit déjeuner est un moyen efficace pour contrôler son poids

Quasiment parue au même moment, une autre étude publiée le 2 juillet 2013 dans la revue « Physiology and Behavior » [3], menée par des scientifiques de la Cornell University, suggère au contraire que sauter le petit-déjeuner peut constituer un moyen efficace de réduire les apports énergétiques chez certains adultes et donc faciliter la perte de poids.

Les chercheurs sont arrivés à la conclusion que le fait de sauter le petit déjeuner n’induisait pas une compensation sur les autres repas et que subséquemment, les apports énergétiques quotidiens totaux étaient réduits en l’absence de petit déjeuner.

Cette étude de Harvard a t-elle valeur universelle ?

Déjà, les Américains sont près de 90% à déclarer être des adeptes du grignotage. Pour ceux qui sont déjà allés aux Etats-Unis ou connaissent des Américains, il est tout bonnement incroyable de constater qu’ils mangent quasiment en permanence, ce qui n’est pas (encore) le cas en France, où les gens grignotent peu entre les repas, plus consistants et mieux équilibrés.

Et quid des femmes ? Pourquoi n’avoir retenu dans cette étude que des hommes dans la population sélectionnée ? Les résultats auraient-ils été les mêmes ? Mystère…

*

*          *

Bref, vous voyez qu’il est difficile de tirer des conclusions permettant d’établir la moindre préconisation en terme d’habitude alimentaire, ce que nos médias se sont pourtant empressés de faire en déclarant que « sauter le petit déjeuner est mauvais pour le coeur » ou « prenez un petit déjeuner si vous voulez prendre soin de votre coeur », des allégations parfaitement pontifiantes et non fondées scientifiquement sur le plan nutritionnel.

Une étude britannique publiée en mars 2013 dans le prestigieux American Journal of Clinical Nutrition, suggérait que les végétariens présentaient un risque d’accident cardiaque 32% plus faible.

Donc, moi qui suis végétarien ET qui ne prends pas de petit-déjeûner 5 jours sur 7, quel est le risque pour mon coeur ?

Au-delà, de la boutade, je pense que l’on ferait mieux de s’inquiéter des ravages sur la santé de la nourriture industrielle entrée dans nos assiettes depuis seulement une cinquantaine d’année plutôt que de s’attacher au dogme des 3 repas par jour qui finira bien par tomber… Ce n’est pas tant le nombre de prises alimentaires qui compte que la qualité et l’équilibre nutritionnel des aliments que nous mangeons.

Ce qui n’empêche que 95% des recommandations nutritionnelles qui sont édictées proviennent d’interprétations d’études aussi fragiles que celle de la Harvard School of Public Health…

NB : toutes les considérations énoncées précédemment ne portent bien entendu que sur le petit déjeuner des adultes. Concernant les enfants ou les adolescents qui sont en pleine croissance et pour lesquels le petit-déjeuner tient une place essentielle dans leur alimentation quotidienne, il vaut mieux leur éviter les produits industriels faits à leur attention qui sont de véritables bombes à retardement et leur préférer la célèbre crème Budwig que l’on peut adapter en supprimant les céréales.

Voir mon article « Quel est le petit-déjeuner idéal ? ».

Portez-vous bien !

 Florian KAPLAR
© Naturopathie Passion

SOURCES :

[1] http://circ.ahajournals.org/content/128/4/337.abstract?sid=d9d059a9-2174-4adb-beca-9347c303d976

[2] http://www.jydionne.com/les-americains-sont-bons-premiers/

[3] http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0031938413001479

11 comments

  1. Ned dit :

    Effectivement on peut imaginer aussi que le plus important serait la PRIVATION plutôt que le fait que l’absence d’éléments consistants à ce repas au réveil, celui qui déclenche l’activité du pancréas qui entraîne vers 11 heure un appel de sucre …
    « Nos industriels du sucres » ont bien saisi l’importance (pour eux) de cet espace du matin qui peux rapporter gros ! Et vu l’importance des pubs ça doit effectivement leur rapporter gros !

    En bonne santé, une boisson chaude non sucrée suffit pour aller jusqu’au vrai repas du midi.
    Un malade, c’est malheureusement le cas de beaucoup, beaucoup, de gens
    et les enfants en phase de construction pour grandir ( donc de 0 à 15/16 ans )devrait prendre 6 ou 7 repas légers mais bien conçus pour ne pas surcharger et ne pas entraîner de frustrations de manque … Mais là Le travail reste à faire ! Bon courage FLORIAN et merci au nom de tous ceux qui grâce à ce Blog avanceront un pas de plus dans leur bon sens .
    Amitié .

    • Florian dit :

      Merci Jay pour ce commentaire.

      La référence que vous proposez parle de surpoids des enfants et des adolescents québécois… J’ai bien pris la précaution de préciser que mon propos ne concerne QUE le petit déjeuner de l’adulte qui peut parfaitement s’en passer.

      Les enfants qui ne prennent pas de petit déjeuner sont souvent issus de milieux défavorisés où l’alimentation est déjà, à la base, souvent déséquilibrée.

      Je note, sur le lien indiqué, cette étude qui a porté sur 4.000 hommes américains qui ont perdu 30 kg sans reprendre de poids après l’arrêt du régime (encore une fois les femmes sont les grandes oubliées de cette étude, pourquoi ?)

      Florian

  2. Françoise dit :

    Bonjour,
    Et bien oui ce petit-déjeuner fait l’objet d’un vaste débat! Quand donc apprendrons-nous à écouter notre corps, et se fier à ses besoins propres? En ce qui me concerne, je ne prends jamais de petit-déjeuner même si je me lève tôt et que je travaille. Tout simplement parce que je n’ai pas faim et que mon corps n’a pas besoin de nourriture avant midi. Ainsi donc je me fiche de toutes les études qu’on peut fournir à grand bruit et qui servent souvent bien d’autres intérêts que les nôtres!
    Cordialement.

  3. Edwige dit :

    La question du petit-déjeuner est une question qui revient souvent.
    J’ai moi-même écrit un article sur ce sujet il y a quelque temps et il est toujours en N°1 des articles les plus lus.
    http://www.sobienetre.fr/le-petit-dejeuner-ideal/

    J’avais ce souci de grignotage en milieu de matinée, mon médecin m’a conseillé de retirer tout sucre rapide (jus d’orange, confiture, pain blanc…). Depuis je suis bien toute la matinée et sans me sentir lourde.
    Par contre, il est impossible pour moi de ne pas prendre de petit-déjeuner. Ce serait comme essayer de conduire une voiture sans mettre de carburant dedans.

  4. Niamé dit :

    Il est vrai que le mythe persiste fortement. Je suis moi-meme questionnée à longueur de temps lorsque je jeune durant Ramadhan et sermonée sur les bienfaits du petit’dej et des repas en général. Bel article !

    PS : comment te contacter ?

  5. Marteau dit :

    Le terme de sauter le petit déjeuner n’est pas adapté. C’est le jeûne matinal qui impose pas de s’alimenter vers une heure fixe. Que j’ai observé pendant 33ans en tant hygiéniste. Maintenant en retraite, j’observe le début de la faim qui se manifeste vers 10 heures et attend une faim aiguë pour manger,ce qui déporte mon 1er repas exclusivement de fruits +/- 12 heures. Le créneau se situe entre 10 heures et 13 heures. Ce qui est plus logique, puisque on est à l’écoute de notre métabolisme.
    Ce schéma me convient mieux. Manger en pleine intervention de maintenance télécom en cours de matinée était impossible. a ce sujet, lire mes réflexions sur le forum les hygiénistes. Roger Marteau Praticien Hygiéniste: livre le sportif hygiéniste ED : Nature et Vie 1987.

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