Michel Pierre
L’herboriste Michel Pierre a été condamné à deux amendes avec sursis et doit payer les frais d’avocats de l’Ordre national des pharmaciens pour un montant de 2.000 €.
Un verdict attendu compte tenu de la loi actuelle, dont le procureur a pourtant estimé qu’elle était inadaptée.

Alors que se tenait le premier congrès des herboristes les 13 et 14 avril 2013 (lire l’article), la décision de la Cour d’Appel de Paris, suite à la plainte de l’Ordre national des pharmaciens à l’encontre de Michel Pierre a été rendue le 24 mai (l’audience ayant eu lieu le 4 avril 2013).
Contacté par téléphone, Michel Pierre dit regretter cette décision, d’autant plus qu’il avait été relaxé en première instance. S’il échappe à une peine humiliante (il écope de deux amendes avec sursis), il devra tout de même rembourser la somme de 2.000 € à l’Ordre national des pharmaciens. Afin de poursuivre sereinement son métier d’herboriste qu’il exerce avec passion depuis plus de 40 ans, il me précise qu’il ne se pourvoira pas en cassation

Qu’est-il reproché à Michel Pierre ?

Il ne peut tout simplement pas se prévaloir de la qualification d’herboriste qui demeure de la seule prérogative des pharmaciens depuis que le régime de Vichy a supprimé la profession en 1941. Une loi jamais revue depuis, et que le sénateur PS Jean-Luc Fichet tente de modifier mais il se heurte à ses collègues parlementaires dont beaucoup appartiennent à la corporation pharmaco-médicale qui souhaite maintenir le statu-quo.
L’autre point porte sur la liste des plantes médicinales autorisées et réglementées dans la pharmacopée française par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Elles relèvent exclusivement du commerce de la pharmacie. Seules les plantes dites libérées peuvent être revendues par des non pharmaciens. En 2008, un décret a ouvert la vente de 148 plantes dont l’innocuité est confirmée. Ces plantes sont autorisées à la vente sous forme de tisanes ou de compléments alimentaires, à condition de ne comporter aucune allégation thérapeutique.
Paradoxalement, les pharmaciens qui sont les seuls à pouvoir exercer le métier sont très peu formés à l’herboristerie ou à la phytothérapie durant leur parcours universitaire (30 h  de cours), et peu d’entre eux décident de se lancer dans cette activité considérée moins attractive ou moins rentable que la revente de médicaments chimiques.

La demande en produits naturels à base de plantes est en hausse

Pourtant la demande est en hausse. Michel Pierre confirme que sa boutique ne désemplit pas et qu’il vend 30 tonnes de tisanes par an à plus de 60.000 clients.
Les différents scandales tels que ceux du Mediator, du Vioxx ou de Diane 35 détournent les patients des médicaments de synthèse, au profit de moyens plus naturels, ce qui semble déranger les autorités officielles.
Les résultats de vente de médicaments en France, qui se montent tout de même à 22,7 milliards d’euros, sont en légère baisse en 2012 (22,8 Mds d’euros en 2011), provoquant une situation inédite en France qui est le pays européen champion de la consommation de médicaments. Ce n’est pas encore la faillite des officines, mais cette tendance semble s’inscrire dans la durée.
Dans le cadre de l’affaire du Médiator (dont le procès est repoussé en 2014), le docteur Bernard Bégaud entendu comme témoin a indiqué que les effets secondaires des médicaments sont responsables d’au moins 18.000 décès chaque année en France, plus que les suicides et les accidents de la route réunis.
Et combien de morts à la suite de consommation de tisanes ou de compléments alimentaires en regard ?
Toujours est-il que le combat des herboristes français continue, ils se contenteraient bien d’obtenir un statut identique à celui de leurs collègues allemands ou belges reconnus par les autorités sanitaires de ces pays.
La balle est dans le camp du législateur, c’est un véritable appel du pied qu’a formulé le procureur à l’audience du 4 avril où comparaissait Michel Pierre : « Formellement, vous serez déclaré coupable, mais j’ai totalement conscience des limites de cette loi puisque l’on est dans une impasse totale. On peut aussi déplorer que le savoir-faire des herboristes, qui existent depuis des siècles, voire depuis toujours, et qui sont les ancêtres des pharmaciens, se perde… J’espère que les législateurs trouveront les moyens de régulariser les choses. »
La justice se dit être dans une impasse… Le législateur est quant à lui tiraillé par ses corporatismes…
Malgré tout, des groupes de travail réunissant divers professionnels du secteur (pharmaciens, médecins phytothérapeutes, naturopathes, etc.) vont être organisés sous l’égide de l’IPSN jusqu’au prochain congrès des herboristes qui se tiendra en 2014 à Lyon avec pour thème « Sécurité, compétence, réglementation ».

Pour aller plus loin :
Article du Monde du 26 avril 2013

Portez-vous bien !