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Sauvons les teintures-mères !

Teinture mereSelon WikiPhyto, une teinture-mère est une préparation de plante fraîche dans de l’alcool.

Utilisée plutôt en homéopathie qu’en phytothérapie, leur existence est menacée et le Dr Jean-Michel Morel nous explique pourquoi il a décidé de lutter pour leur sauvegarde en lançant une pétition.

1/ Bonjour Jean-Michel Morel, vous êtes médecin phytothérapeute et vous enseignez la phytothérapie à la faculté de Besançon. Pouvez vous nous raconter votre parcours et ce qui vous a mené à la phyto ?

  • J’ai coutume de dire que « je suis tombé dans la phyto étant petit » : j’ai effectué mes études de médecine à Besançon, de 1971 jusqu’à mon installation en 1980. En 1974, j’ai eu la chance de rencontrer à Paris le Dr Jean VALNET, instigateur du renouveau de la phyto-aromathérapie depuis les années 1960, au cours du premier colloque organisé par ses soins. Notre rencontre a été une révélation pour moi et j’ai su tout de suite que j’allais intégrer cette discipline à mon métier.Bien qu’installé à Paris, Jean VALNET était d’origine franc-comtoise, et j’avais l’occasion de voir régulièrement mon mentor, jusqu’à son décès en 1995.Je me suis formé parallèlement à mon cursus de médecine générale. Dans les années 1970-80, l’enseignement de cette discipline était encore informel et se déroulait essentiellement sous forme de compagnonnage.

    Une autre période déterminante a été l’enseignement à la Faculté à partir de 2001.

    Avec les professeurs JP Chaumont et J Millet-Clerc, nous avons créé le diplôme Universitaire de Phyto-aromathérapie (D.U.) de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Besançon. La responsable universitaire actuelle en est le professeur Corine Girard-Thernier, qui a repris le flambeau et qui contribue à maintenir un engouement et une forte fréquentation des professionnels de santé.

    L’enseignement en Fac m’a permis de travailler la pédagogie, de rencontrer des passionnés, praticiens et universitaires, de rationaliser mes connaissances et de les passer au crible des études scientifiques, jusqu’à l’écriture de mon « Traité pratique de phytothérapie ». Mon objectif était d’écrire « le livre que j’aurais souhaité trouver au début de mes études » en phyto-aromathérapie.

2/ La phytothérapie, l’herboristerie semblent susciter un intérêt croissant, surtout dans le contexte des nombreux scandales liés à certains médicaments ou à leurs effets secondaires. Le percevez-vous ?

  • Oui, nous le percevons tous les jours. Une proportion de plus en plus importante de la population ressent une crise de confiance vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique et du monde médical. Nos patients réclament des thérapeutiques à la fois personnalisées et respectueuses de leur physiologie et de l’environnement. Nous ne devons pas les décevoir. Ils déplorent du reste que les pouvoirs publics ne poussent pas au contraire à la formation et à la pratique d’autres approches médicales complémentaires dites actuellement « intégrées » dans la médecine majoritaire, un concept qui nous vient des pays anglo-saxons, alors qu’il est largement usité en France par les médecins phyto-aromathérapeutes depuis des décennies.

3/ A côté d’écoles privées très chères, les enseignements de phyto et d’aroma sont maintenant possibles dans de nombreuses facultés (Paris-Bobigny, Paris Descartes, Clermont Ferrand, Besançon, Nancy, etc.). Y a t-il des synergies, des contacts entre les universités ou écoles qui proposent ces enseignements ?

  • Entre enseignants, nous nous connaissons tous en principe, et des échanges de conférenciers sont fréquents entre les différentes Fac. Pour ma part, j’interviens ainsi dans différents sites. Les programmes ne sont pas encore harmonisés, mais ils sont très proches. Le nombre important de facultés qui ouvrent un enseignement spécifique de phytothérapie et d’aromathérapie montre en tout cas le besoin crucial de formation que ressentent nos confrères, médecins et pharmaciens.

4/ Les enseignants dans ces matières, médecins ou pharmaciens, semblent être avoir la fibre militante pour promouvoir la phyto. Mais la cause est loin d’être entendue et les résistances semblent encore fortes malgré l’engouement pour ces formations. Quel est votre point de vue à ce sujet.

  • Il est surprenant et il peut sembler scandaleux, au moment même où on constate les dérives de notre système de santé en matière de médicament, qu’on ne pousse pas au contraire les professionnels à pratiquer une « médecine durable ». C’est ainsi qu’on laisse disparaître certaines formes galéniques prescrites par les médecins, délivrées par les pharmaciens, qui permettent précisément une alternative aux médicaments manufacturés, pour des pathologies simples, évitant ainsi des thérapeutiques lourdes, chères et souvent iatrogènes.Nous avons vraiment le sentiment que les pouvoirs publics, influencés par les lobbys et une pensée dominante, veulent maintenir les médecines naturelles hors du champ médical, alors qu’elles sont vitales pour l’environnement et la santé de nos concitoyens. Notre but est au contraire de les intégrer dans le champ de la médecine, où elles ont leur place légitime. Car ce n’est ni suranné, ni désuet d’employer des plantes, c’est responsable.

5/ Les pharmaciens semblent attachés à leur monopole de ventes des plantes non libérées appartenant à la pharmacopée. Pourtant, peu d’entre manifestent le moindre intérêt aux plantes, les médicaments semblant être plus rémunérateurs, notamment les génériques. Comment expliquez vous ce paradoxe alors que dans le même temps le métier d’herboriste est en voie d’extinction depuis que Pétain l’a supprimé en 1941.

  • De très nombreux pharmaciens manifestent un intérêt pour les plantes, en tout cas ceux que je rencontre. Ils déplorent que les plantes médicinales sortent de leur champ d’intervention, pour les laisser à l’appétit des « exploitants du secteur alimentaire », en particulier depuis la publication de « l’Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes, autres que les champignons, autorisées dans les compléments alimentaires et les conditions de leur emploi », qui donne une liste d’environ 500 plantes utilisables hors d’un usage médical ou pharmaceutique.Actuellement, la réglementation des compléments alimentaires interdit toute allégation thérapeutique, ce qui donne à penser que leurs composants sont peu actifs et sans danger. Nous souhaitons que la notion de « phyto-médicament » soit au contraire étendue, pour que ces produits ne soient pas dévoyés, et que leur usage soit rationnel et sécurisant.

6/ Vous avez créé le syndicat national de la phyto-aromathérapie. A qui s’adresse ce syndicat, est il ouvert aux non médecins ? Quels en sont les objectifs ?

  • Pour répondre à votre question, je cite un extrait des statuts du SNPA : « Le Syndicat National de la Phyto-Aromathérapie a pour objet de regrouper l’ensemble des médecins, des pharmaciens et des professionnels médicaux (sages-femmes, vétérinaires, chirurgiens-dentistes) habilités légalement à prescrire ou à conseiller la phyto-aromathérapie (terme incluant la phytothérapie, l’aromathérapie, mais aussi les thérapeutiques qui en sont dérivées, telles que la gemmothérapie ou d’autres préparations issues de plantes médicinales), ou exerçant leur fonction au sein d’entreprises de production ou de transformation de produits de phyto-aromathérapie, sur le territoire français. » 

    Seules les professions citées sont donc habilitées à participer au SNPA.

7/ Vous avez lancé une pétition pour la sauvegarde des teintures mères, pouvez vous nous expliquer quelles sont les raisons de cette extinction (réglementation, labos ?) et les incidences sur les praticiens phytothérapeutes ou homéopathes ? Que peut-on espérer obtenir auprès des autorités françaises et/ou européennes ?

  • Les teintures mères (TM) sont les souches de base utilisées par les laboratoires homéopathiques pour la préparation des dilutions. Les laboratoires en détenaient jusqu’à présent un réservoir considérable, mais aujourd’hui de nombreuses souches sont amenées à disparaître des officines pharmaceutiques en raison d’une directive européenne qui les fait sortir du champ homéopathique et impose qu’elles fassent l’objet d’une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM). Cette AMM, certes simplifiée, se substitue à un simple enregistrement, et coûterait entre 5 000 et 30 000 euros par plante. Les laboratoires, dont Boiron, principal acteur de ce marché, ne veulent pas effectuer cette dépense, qui pourrait être échelonnée sur plusieurs années et constituerait un investissement sur le long terme.En effet, de nombreux homéopathes manient eux aussi les TM. On ne peut pas arbitrairement décider que l’homéopathie commence à telle ou telle dilution, au contraire, l’homéo et la phyto s’interpénètrent intimement, la lecture de la Matière Médicale le montre abondamment.Malheureusement, ni les pharmaciens ni les médecins ne peuvent satisfaire leurs malades, qui ne peuvent plus se soigner selon leur choix et sont désemparés de ne plus trouver leur médicament actif.

8/ Plusieurs pétitions ont été lancées notamment pour sauvegarder les compléments alimentaires ou recréer le métier d’herboriste mais les personnes qui signent ces pétitions ont rarement de retours une fois la pétition déposée. A t-on espoir qu’avec cette pétition les teintures mères soient maintenues ou puissent revenir ? Quels sont les autres leviers d’action ?

  • C’est le Syndicat qui a initié la pétition. Nous avons été reçus au Ministère de la Santé au début de l’été, sans suite pour le moment, mais nous ne désespérons pas. Utinam, comme on dit en Franche-Comté !

Pour signer la pétition initiée par le Dr Morel, cliquez sur ce lien.

Le Dr Jean-Michel MOREL contribue également au site WikiPhyto et est l’auteur du Traité de Phytothérapie, aux éditions Grancher :

Portez-vous bien !

 Florian KAPLAR
© Naturo-Passion

4 comments

  1. Bozzi dit :

    J’ai peur que nous soyons bien en retard. Le codex alimentarius, ils l’ont fait. Voir mon résumé dans :
    http://ouallonnous.over-blog.com/article-un-complot-international-le-codex-alimentarius-56917580.html

  2. Darat dit :

    Après la découverte de ma sclérodermie en 2002, suis passé par les affres de douleurs en tous genres, en décidant de me faire soigner que par homéopathie, acupuncture et phytothérapie, aux grands « sourires » des médecins qui me suivaient en (dont le service des maladies auto-immunes de l’hôpital de la Conception à Marseille, et autres)…à mi chemin, ils m’ont tous conseillé « de continuer se que je faisais, puisque cela m’allait vraiment bien… » ;
    Depuis la semaine dernière, après analyses et scanner, il s’avère que je n’aie plus aucune trace des marqueurs de cette maladie dans mon sang…
    ON PEUT «  »COMPRENDRE » » que les laboratoires qui créent les médicaments, soient contre ce genre de soins… mais ne peut admettre que les médecins ne s’appesantissent davantage sur un sujet qu’apparemment ne les interpelle absolument pas !! (heureusement, ils en est, plus fins que d’autres… !!!)

  3. Christian Portal dit :

    Je souscris totalement à votre inquiétude et vos demandes mais je ne signerais pas la pétition. En effet, que ce soit AVAAZ ou CHANGE, ces sites investissent énormément d’argent sur le principe de la pétition tous azimuts sans que personne, ou presque, ne s’interroge sur les motivations réelles de ces sites. Par ailleurs, il existent des solutions à implanter sur son propre site pour mettre en place une pétition qui sera sous l’unique responsabilité de l’émetteur de la pétition. on peut également faire appel à cyberacteurs qui est un système associatif.

  4. Olivier dit :

    Il est cependant dommage de constater que le SNPA n’ouvre ses portes qu’aux médecins et pharmaciens
    Les non médecins …. du radiesthésite au rebouteux ont largement permis la (re) découverte de la phyto, de la gemmo …
    Demain toutes ces personnes auront l’interdiction de les conseiller et cela sera réservé aux médecins … il faudra consulter un médecin ou un pharmacien pour avoir une simple aubépine !! et les grands labos se sont déjà engouffrés dans ce futur marché bien juteux !!

    On est donc bien loin de l’esprit de mouvement comme par exemple le GNOMA qui tente de regrouper médecins et non médecins !

    Bref ma confiance ira plus facilement au guérisseur du coin qui connait bien les simples qu’à un médecin qui consciemment ou non sera en cheville avec un labo chimique reconvertit étonnement au naturel !

    Cordialement
    Olivier

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