Association végétarienne de France_Naturo-PassionBien que le végétarisme continue de susciter de la suspicion ou au mieux de la curiosité polie, sa progression en France est lente mais constante.
En témoigne le dynamisme de l’Association végétarienne de France qui a doublé le nombre de ses adhérents en deux ans et qui édite un magazine Alternatives végétariennes diffusé aux adhérents. Ce magazine a proposé un dossier complet et pointu sur les légumineuses que je vous partagerai dans un prochain article. Et il remet les pendules à l’heure sur les nombreuses idées fausses véhiculées sur les protéines végétales.
Scandales sanitaires, protection animale, santé, etc., les motivations sont multiples pour choisir de devenir végétarien ou de végétaliser plus son alimentation. Les informations fiables attestant des bienfaits d’un régime végétarien ou végétalien sur la santé sont maintenant accessibles à tous, et les professionnels de santé semblent de plus en plus ouverts au végétarisme.
Que vous soyez végétarien (aucune consommation de chair animale), végétalien (aucun produit animal ni dérivés comme les laitages ou les oeufs), végétarien par intermittence (flexitarien) ou simplement curieux et ouvert à ce mouvement, je vous invite à en savoir plus sur cette association par la voix de sa présidente, Elodie Vieille-Blanchard.


Élodie Vieille Blanchard_Naturo-PassionFlorian Kaplar : Bonjour Elodie, pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de Naturo-Passion et nous dire ce qui vous a amené au végétarisme puis à présider l’Association végétarienne de France.

Elodie Vieille-Blanchard : Bonjour Florian. J’ai 36 ans, j’habite à Paris. Dans le civil, je suis prof de maths dans l’enseignement adapté. Je travaille avec des adolescents handicapés moteurs et hospitalisés.
Dès l’adolescence, j’ai été préoccupée par le rapport que notre humanité a développé avec les animaux, et spécifiquement par ce qui se trame derrière l’alimentation carnée. Cependant cette réflexion a mis un certain temps pour déboucher sur un positionnement clair : je suis devenue végétarienne il y a une dizaine d’années, et végane il y a deux ans. En fait, il m’a fallu beaucoup de temps pour assumer dans mon âme et dans ma chair une idée pourtant très simple : que l’exploitation des animaux avec tout ce qu’elle suppose dans les élevages et les abattoirs est inacceptable ; que le véganisme est la seule position tenable d’un point de vue éthique. Aujourd’hui, je suis une végane très convaincue et très contente de son choix.
Avant de m’engager pour l’Association Végétarienne de France, j’étais plutôt mobilisée pour la question écologique et spécifiquement la question climatique. J’ai milité pendant cinq ans dans un parti politique « rouge et vert », Les Alternatifs, mais au final, cet engagement me semblait peu susceptible de déboucher sur de véritables changements dans la société. Et puis le manque de considération des animaux dans la sphère politique, alors qu’ils sont pourtant les plus exploités des exploités, me désolait. J’ai alors décidé de prioriser mon engagement pour le végétarisme en m’engageant davantage à l’AVF, dont j’ai intégré le Conseil d’Administration.
Quelques mois plus tard, l’AVF a connu une très importante crise, qui a provoqué la démission de la présidente de l’époque. Nous étions dans une situation délicate, il fallait qu’une personne accepte de la remplacer. J’y étais plutôt réfractaire, avant de finir par accepter, mais pas de gaîté de coeur… Cet engagement n’a pas été particulièrement planifié, il m’a apporté beaucoup d’insomnies et de tourments, mais il a fini par prendre tout son sens au fil des mois. Aujourd’hui je suis vraiment heureuse d’être la présidente de l’AVF. J’ai le sentiment d’occuper la place qui est la mienne sur Terre, et je suis enrichie par cette responsabilité, avec tout ce qu’elle implique de créativité, de rigueur, et d’apprentissage des relations humaines…

F.K. : L’AVF a tenu son assemblée générale au printemps dernier, l’association semble en bonne santé mais comme toutes les associations, vit quelques désaccords internes. Quels sont les enseignements que vous tirez de cette dernière assemblée ?

E. V.-B. : L’association a connu une importante crise, qui n’était pas particulièrement liée à des désaccords de fond, mais plutôt à des conflits entre personnes.
La dernière Assemblée Générale a été un peu houleuse mais au final nous avons géré les choses collectivement, le mieux ou le moins mal possible, et nous sommes sortis de l’AG avec une équipe renouvelée et solide, et surtout, qui s’entend très bien.
Nous avons beaucoup de pain sur la planche pour reconstruire ce qui doit encore l’être, et nous nous efforçons de préciser nos objectifs, notre stratégie, de bien cadrer nos procédures et nos rôles respectifs, pour que l’AVF puisse vraiment connaître le développement qu’elle mérite… Notre association a énormément cru au cours des dernières années. Aujourd’hui nous avons considérablement plus de membres, de bénévoles actifs, de projets, et d’argent à gérer qu’il y a cinq ans. Donc nous ne pouvons pas continuer à gérer l’association comme une petite boutique.

Evolution_Nombre_Adhérents_AVF_Naturo-PassionJe dirais que nous avons connu une crise de croissance, mais que cette crise a suscité un renouvellement dont nous sortons enthousiastes et optimistes. Si je devais tirer une leçon de tout cela, je dirais qu’il est toujours possible de trouver des solutions entre personnes qui sont sincèrement mues par un esprit constructif et positif… Et si l’état d’esprit est plutôt au conflit qu’à la construction commune, peut-être vaut-il mieux se séparer que de se déchirer.

F. K. : Dans un pays comme la France, pays de la gastronomie où dans les restaurants la feuille de salade reste encore trop souvent cantonnée au rôle de décoration, le végétarisme poursuit malgré tout sa progression, lente mais inexorable. A t-on une idée précise du nombre de végétariens ?

E. V.-B. : Malheureusement, nous avons peu d’estimations du nombre des végétariens et véganes. À vrai dire nous citons toujours le même sondage de Terra Eco/ Opinionway qui établit leur proportion à 3% environ au sein de la population française. Il est visiblement difficile de parvenir à des estimations satisfaisantes car des flous existent encore autour de la définition du végétarisme (des personnes consommant du poisson s’identifiant parfois comme étant végétariennes). Cependant il est clair que le végétarisme est bien moins bien implanté en France que dans d’autres pays européens (Pays-Bas, Royaume-Uni, Allemagne). Les associations végétariennes y sont beaucoup plus développées qu’AVF, et l’alimentation végétarienne y est beaucoup plus banale.

F. K. : Le végétarisme est multiple et l’une de ses composantes, le véganisme, semble avoir le vent en poupe même s’il reste encore ultra minoritaire. Il existe plusieurs « courants » voire « micro courants » en fonction du degré d’accommodation ou de refus total vis-à-vis de l’élevage. Cela a des conséquences sur les rapports entre végétariens et végétaliens qui ne sont pas toujours des plus sereins. Comment ces différentes sensibilités sont-elles gérées au sein de l’AVF pour que chacun se sente respecté dans son végétarisme, voire son flexitarisme ?

E. V.-B. : Il est clair que la population végétarienne est multiple, et qu’il existe un véritable continuum de positions entre les modes de vie « omnivore » et « végane ». Cependant, je voudrais nuancer votre vision du véganisme: il est vrai qu’il y a encore dix ans, il s’agissait d’une option très minoritaire, et que les personnes qui devenaient véganes le faisaient après de nombreuses années d’ovo-lacto- végétarisme. Mais il apparaît aujourd’hui que la transition est de plus en plus rapide pour beaucoup de nouvelles personnes converties au végétarisme.

Il faut dire que lorsqu’on a accès à Internet, aux sites de protection animale et aux forums, il est difficile d’ignorer le sort des vaches laitières et de leurs petits, qui leur sont retirés dès la naissance et sont destinés à la boucherie.

Difficile d’ignorer que les vaches laitières sont mises à mort exactement dans les mêmes conditions que les animaux élevés strictement pour leur chair. Idem en ce qui concerne le sort des poules pondeuses… Nous avons également de plus en plus d’informations sur la nocivité de la consommation des produits laitiers pour la santé, et, à moindre mesure, de celle des oeufs.

En conséquence, il est clair que l’ovo-lacto-végétarisme ne tient pas en tant que modèle éthique, ni en tant que modèle nutritionnel. C’est pourquoi, à l’AVF, nous cherchons à offrir tous les outils permettant de cheminer vers le véganisme : conseils nutritionnels, recettes, cours de cuisine… Mais cela n’implique aucune stigmatisation ou dévalorisation des personnes qui ne seraient pas 100% véganes. En fait, nous savons bien qu’il est difficile de devenir 100% végane, parce que c’est un mode de vie qui est en profonde rupture avec le modèle dominant, parce qu’il est difficile d’assumer un tel choix, souvent incompris, et parce que l’offre végane dans les restaurants est rarement au top. Nous mettons donc tout en oeuvre pour que cette transition devienne de moins en moins difficile au fil des années!

F. K. : Les soupçons qui pèsent sur les végétariens sont toujours tenaces, il n’y a qu’à se rappeler de l’affaire récente du petit Joachim, retiré temporairement de ses parents. Le fait que la maman de ce petit garçon fût végétalienne a semble t-il joué un rôle dans l’emballement de la machine administrative et judiciaire, même si en définitive, cette affaire s’est fort heureusement bien terminée. A t-on connaissance de discriminations que subissent les végétariens dans leur quotidien ?

E. V.-B. : Il est clair que certaines personnes ont à subir assez violemment l’intolérance de notre société vis-à-vis du végétarisme mais surtout du végétalisme. L’exemple que vous citez est particulièrement éloquent.
Cependant, il me semble qu’au-delà de cas particuliers, la société n’est pas si dure vis-à-vis des végétariens et végétaliens, et que nous sommes plutôt dans une période très favorable. Personnellement je ne trouve pas cela très porteur de se focaliser sur la « végéphobie » comme le font certains mouvements, je trouve que cette attitude de victimisation n’est pas vraiment à même de générer de l’enthousiasme et de l’adhésion, or c’est cela que nous voulons.

Pour ma part, je préfère me demander comment faire pour que le véganisme intéresse de plus en plus de gens, pour qu’il soit perçu comme un mode de vie crédible et joyeux. Et dans les faits, en tant que végane, je me réjouis de voir à quel point mon choix est bien accepté et intéresse mon entourage. Pour vous faire une petite confidence, j’organise avec des élèves une sortie dans un restaurant végane pour fêter la fin de l’année, et les parents sont absolument ravis.

Je pense qu’en adoptant une attitude positive, et en témoignant tranquillement et avec bonne humeur de son mode de vie, on suscite beaucoup plus de curiosité et de bienveillance qu’en culpabilisant les autres de leur choix. Bien sûr, nous savons que les animaux subissent de très grandes violences dans les élevages et les abattoirs, et il est difficile parfois de voir nos proches participer indirectement à ces violences… Nous avons souvent envie que les autres changent et que la société évolue plus vite qu’elle ne le fait, mais nous braquer ne sert à rien. Il y a quelques années, je frémissais lorsque je voyais mes proches manger de la viande industrielle, j’étais prise de colère et de tristesse; aujourd’hui je consacre mon énergie à développer des projets positifs et à cultiver mon empathie pour les autres, même quand ils mangent des aliments qui ont causé beaucoup de souffrance aux animaux. Je ne dis pas que c’est toujours facile, mais j’essaie d’aller dans cette direction : plus de bienveillance et d’empathie, plus de bonne humeur et d’enthousiasme pour le véganisme, moins de culpabilisation et de critique pour l’alimentation carnée. Ce sont les « petites graines » que j’ai envie d’arroser en moi, pour reprendre une image bouddhiste.

F. K. : Quels sont les projets de l’AVF pour promouvoir une image positive et non sectaire du végétarisme ? Quels sont vos partenariats ? Comment est-il possible d’amener les personnes omnivores à s’intéresser au végétarisme sans adopter le discours culpabilisant encore trop souvent répandu ?

E. V.-B. : Le projet Jeudi Veggie, qui vise à développer l’alimentation végétarienne un jour par semaine, va dans ce sens. Nous travaillons avec une équipe de blogueuses et blogueurs partenaires très dynamiques et très inventifs (à découvrir sur le site du projet), ainsi qu’avec une créatrice culinaire et enseignante en cuisine végétale et bio, Ôna Maiocco. Chaque jeudi soir, les ateliers Easy Veggie, qui ont pour but de transmettre les bases de la cuisine végétale, et sont organisés autour de grandes thématiques (protéines végétales, nutrition, desserts veggies…), ont beaucoup de succès. Nous accueillons aussi bien des personnes omnivores que végétariennes ou véganes. Les séances se terminent par un repas convivial et tout le monde est très content.

Notre travail autour de la nutrition est également crucial. Nous savons aujourd’hui qu’on a tout avantage, du point de vue de la santé, à réduire le plus possible la part des protéines d’origine animale dans son alimentation. Or, les recommandations officielles semblent parfois en totale contradiction avec les résultats des études scientifiques.

À lire par exemple dans le dernier numéro de notre revue Alternatives Végétariennes, un article sur le WCRF (World Cancer Research Fund), dont les recommandations vont clairement dans le sens d’une alimentation végétale, mais ne sont absolument pas relayées en France.

Nous publions donc des articles autour de la nutrition, dans notre revue et sur Internet, qui mettent en avant les bienfaits d’une alimentation végétale non transformée, pour la santé. Nous nous investissons également dans l’organisation de débats sur la nutrition (voir la vidéo du débat entre les nutritionnistes Jean-Michel Cohen et Jérôme Bernard-Pellet) et la tenue de conférences sur le sujet (Massimo Nespolo, professeur à l’Université de Lorraine, est particulièrement actif dans ce domaine).

F. K. : Vous êtes co-auteur du livre « Faut-il encore manger de la viande ? » (Editions le Muscadier). Une provocation dans un pays d’élevage où la viande constitue encore le plat national et quotidien ? Comment ce livre a été accueilli ? Permet-il de jeter des ponts entre deux mondes que tout semble opposer, celui des omnivores et celui des végétariens ?

E. V.-B. : Le livre s’inscrit dans une collection qui s’appelle « Le Choc des Idées » et qui a pour but de confronter deux points de vue contradictoires, en impliquant deux auteurs contradicteurs, ainsi qu’un médiateur. Avant Faut-il arrêter de manger de la viande?, il y a eu par exemple Faut-il dépénaliser le cannabis? ou Faut-il renoncer au nucléaire? Le titre n’était donc pas tellement plus provocateur que celui des ouvrages précédents…

Le livre a été bien accueilli parce qu’il permet l’expression de deux points de vue différents. Je crois qu’il est une bonne entrée en matière pour toute personne qui a envie de se faire une idée sur la question, et de découvrir les différentes dimensions de l’alimentation carnée: éthique, écologie, santé.

Pour ce qui est de « jeter des ponts », je dois dire malheureusement que les trois débats que j’ai eus avec René Laporte (le co-auteur, du Syndicat de la Viande) ne l’ont pas vraiment permis : alors que je m’efforçais toujours d’expliquer clairement et calmement mon positionnement, ce n’étaient qu’accusations et procès d’intention en face, avec bien peu d’écoute à vrai dire… J’ai surtout l’impression que l’industrie de la viande se sent très menacée par l’essor du mouvement végétarien, d’où le besoin de nous dépeindre comme une horde agressive ou comme de doux-dingues déconnectés de la réalité, même quand nous démontrons que nous sommes tout le contraire. Nous avons donc tout avantage à rester posés, calmes et rationnels. De toute manière, défendre le système de la viande aujourd’hui, avec tout ce qu’il suppose de désastre écologique, de souffrance animale et de nuisances sanitaires, est une position bien difficile à assumer.

F. K. : Le mot de la fin ?

E. V.-B. : Le mot de la faim ? Miam miam ! Plus sérieusement : l’AVF a le vent en poupe ; nous avons un tout nouveau site Internet que vous pouvez consulter pour tout savoir sur l’alimentation végétarienne et l’actualité de l’association qui connaît une dynamique très positive partout en France. N’hésitez pas à nous contacter pour toute question, à venir nous rencontrer, et à vous proposer si vous souhaitez vous impliquer dans notre belle aventure.

L’AVF vit des adhésions et des dons de ses membres. Pour adhérer à l’AVF et soutenir le développement du végétarisme et de l’alimentation végétarienne en France, rendez-vous sur www.vegetarisme.fr.

Si vous voulez acquérir le livre « Faut-il arrêter de manger de la viande ? », rendez-vous chez votre libraire, ou cliquez ci-dessous :


Conférence « Nutrition et santé : mythes et propagande » de Massimo Nespolo, professeur d’université.
4 thèmes abordés en une heure :
– protéines,
– fer,
– calcium,
– phyto-œstrogènes
Portez-vous bien !
 Florian KAPLAR
© Naturopathie Passion

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