herboristerie_article-pierre_gayetAlors que les tracas judiciaires continuent de s’exercer à l’encontre des herboristeries (cf. Herboristerie Larmingat à Vienne), l’engouement pour la phyothérapie (soins à base de plantes) et l’herboristerie continuent de séduire de plus en plus de Français.
Ils sont près de deux sur trois à faire confiance à la phytothérapie et un sur deux à y recourir.
Que ce soit à titre préventif ou en soins curatifs, tisanes, poudres, teintures-mères, extraits fluides, huiles essentielles, etc. ont la cote auprès des usagers.
Le Dr Jean-Michel Morel indique même que selon lui, 80% des pathologies traitées en médecine de ville trouvent une solution phytothérapeutique !
A l’occasion de la parution de la Bible des secrets des herboristes (dont un exemplaire est à gagner, voir en fin d’article), les auteurs nous livrent leur vision de l’herboristerie d’aujourd’hui et de demain.


1/ Bonjour Michel et Caroline, vous êtes respectivement herboriste et diététicienne-nutritionniste phytothérapeute, pouvez vous nous dire comment est née l’idée de ce livre en commun ?
Michel PIERRE. Nous travaillons ensemble depuis quelques années, Caroline a rejoint l’herboristerie du Palais Royal en 2012. Elle a beaucoup apporté a la clientèle et a ses collègues, par sa connaissance sur la nutrition. Les soins par les plantes sont une approche globale de la santé, donner des informations complémentaires sur l’alimentation en accompagnant un traitement par les plantes ou un mélange de plantes me semble primordial.
2/ L’intérêt des Français pour la phytothérapie ne se dément pas et continue même de croître. En 2011, ils étaient déjà 63% à faire confiance à la phytothérapie pour se soigner ou en prévention. Malgré cela, la réglementation française semble en décalage avec ce souhait des Français de pouvoir se soigner en première intention avec des produits à base de plantes, moins iatrogènes. Où en est-on aujourd’hui ?
Michel PIERRE. Il est temps que les pouvoirs publics (c’est eux qui font les lois) comprennent qu’il y a un vide dans la distribution des plantes. Il est temps que les Français aient en face d’eux des gens qui puissent répondre à leur demande de consommation de plantes. Nous avons tout ce qu’il faut en France pour créer un diplôme d’herboriste, les écoles se sont fédérés ( il y en a 5 à 6 ) pour avoir un programme commun en vue de ce diplôme, il ne reste plus que la volonté politique pour résoudre ce problème.
Un jour nous verrons arriver en France des herboristes Européens, rappelons que la France est le seul pays de la communauté Européenne à ne pas avoir de diplômés herboriste (5000 en Allemagne, 5000 en Italie, des herboristeries dans toutes les rues des pays de la communauté Européenne ), nos détracteurs pleurerons, mais il sera trop tard. L’ordre des pharmaciens qui attaque toute personne vendant des plantes (la plupart du temps des docteurs en pharmacie ), les juges dans les tribunaux qui sont perturbés, parce que les lois ne sont pas en adéquation avec notre société, reconnaissons quand même que pas un seul n’a eu le courage de faire une jurisprudence au cours de ces procès. Les pharmaciens sont les seuls habilités à vendre des plantes médicinales (en tenant compte des 148 vendus librement) dans leur officine, on ne leur accorde pas le droit d’ouvrir une herboristerie, auraient ils perdus leur diplôme en traversant la rue…
Une grande avancée est faite avec les compléments alimentaires a base de plantes. Il a été libéralisé 500 plantes, résines etc. pour mettre dans les compléments alimentaires, la France, la Belgique, l’Italie envisage de passer cette quantité à mille ou plus. On voit la volonté de certains pays à répondre à cette demande de soins au naturel. Mais la ou nous sommes à nouveau dans la stupidité, nous n’avons pas le droit de vendre ces plantes en l’état pour faire des tisanes, doit on rire ou pleurer.
3/ Pouvez-vous nous parler du prochain congrès des herboristes et le chemin parcouru depuis la première édition en 2013 ? (donner quelques éléments sur le programme, les intervenants, les principaux items qui seront développés et parler du Syndicat National des métiers de l’herboristerie.
Michel PIERRE. Le prochain congrès des herboristes se fera en Avril 2017, vraisemblablement à Angers, nous n’avons pas de précisions à ce jour sur les intervenants, mais je suis sur un très beau plateau.
L’édition 2016 a été un succès, il a eu lieu en avril a Vincennes. Cela a été une occasion de présenter notre syndicat, SYNAPLANTE, dont le but est de sauver l’herboristerie française : promouvoir le métier, représenter les boutiques, soutenir les professionnels de la filière ( cueillir, ramasseurs) et bien sur, travailler en vue de la création d’un diplôme d’herboriste, indispensable à notre société.
4/ La phytothérapie est très peu utilisée en diététique. Son utilisation va pourtant bien au-delà des plantes réputées aider à mincir. Quel est l’usage des plantes dans votre pratique de diététicienne ? 
Caroline GAYET. Les plantes viennent en complément des conseils diététiques et nutritionnels que je donne à mes patients. Soit parce qu’elles aident à obtenir des résultats plus rapidement ou plus probants, soit parce qu’elles améliorent le confort de vie ou soit parce que la diététique seule a ses limites. La phyto s’avère alors une bonne alliée pour éviter une médication allopathique ou en atténuer la prescription.
Je pense notamment au cholestérol chez les plus de 50 ans. Parfois, l’enquête alimentaire ne révèle pas d’hyperconsommation d’aliments à forte teneur en cholestérol, c’est juste le foie du patient qui en produit trop. Dans ce cas une tisane de feuilles d’artichaut et de chrysanthellum bue avant les repas sera la bienvenue.
Autre exemple, celui des patients atteints de diabète de type 2, qui ne prennent pas d’insuline.
En plus des recommandations diététiques, les feuilles de myrtille et de gymnema aident le pancréas à fonctionner et limitent l’appétence au sucre et le surpoids.
5/ Cet engouement pour les plantes ne doit pas faire oublier qu’il convient de bien s’informer sur les précautions d’usage et que le recours à un professionnel qualifié est recommandé. Les diététiciens et autres professionnels de santé n’auraient-ils pas une carte à jouer pour répondre à l’attente des patients dans ce domaine ?
Caroline GAYET. Si je pense tout à fait que les personnels soignants (médicaux et paramédicaux) ont leur carte à jouer pour répondre à la demande. Les plantes peuvent jouer un rôle dans 90% des troubles et maladies! Cela permet à la fois au soignant d’enrichir sa pratique et au patient de tester en première intention un traitement naturel moins agressif. Si jamais ce n’est pas assez efficace alors on complète avec l’allopathie. Pour moi allopathie et phyto ne sont pas antithétiques ni ne doivent s’opposer, elles se complètent mutuellement. Selon moi la phyto pourrait (devrait) quasiment devenir une proposition de traitement en première intention. Bien choisis, bien utilisés, les remèdes à base de plantes s’avèrent efficaces, dénués d’effets secondaires avec en plus un travail sur la cause du trouble et non uniquement le symptôme, ce qui limite les récidives et la chronicité des troubles.
6/ Les produits à base de plantes n’obéissent pas à la même réglementation que les médicaments. La provenance parfois très lointaine de certaines plantes peut susciter des craintes de fraude ou de tromperie. Comment bien choisir ses produits et où se les procurer ? Existe t-il un label de qualité pour les plantes ? Les produits « made in France » sont-ils de meilleure qualité et plus sûrs ?
Michel PIERRE. Il n’existe pas de label pour les plantes, certaines sont biologiques, donc de culture, d’autres sont sauvages, il faut seulement les acheter dans une herboristerie si vous en avez une prés de chez vous, certaines pharmacies sont plus spécialisées dans ce domaine, ou des boutiques diététiques.
La plante pour tisane peut être achetée en toute sécurité dans ces lieux. Nous achetons nos plantes chez des grossistes, ils les récupèrent du monde entier, ces plantes sont contrôlées (insecticides, pesticides, métaux lourds etc.) avec un numéro de lot, nous disposons de leur traçabilité.
Les compléments alimentaires peuvent être achetés en toute sécurité. La réglementation, certes contraignante, oblige à constituer un dossier complet sur les matières premières, mode de fabrication, teneur en principe actifs etc., ces produits sont fabriqués par des laboratoires habilités, le dépôt de ces formules est fait à la DGCCRF, qui donne son aval pour leur fabrication. On ne peut pas être plus sérieux dans la fabrication de ces produits. Nous devons remercier la DGCCRF ( organisme d’état protecteur du consommateur ) qui a fait un travail remarquable pour en arriver là.
7/ Un mot de conclusion ?
Michel PIERRE. La consommation de produits de phytothérapie en France est un phénomène sociologique. Les Français, et je le vois dans la jeunesse, souhaitent se soigner ou prévenir leur état de santé avec des produits naturels, en douceur et sans effets secondaires, il leur faut trouver simplement des lieux de ventes ou la personne qu’ils auront en face d’eux, puisse les diriger vers le produit leur convenant au mieux, en bref un professionnel en herboristerie qui aura également des connaissances en nutrition.
Notre plus belle récompense à l’herboristerie, c’est quand un client vient de la part de son médecin  » allez à l’herboristerie demander une tisane pour tel ou tel problème ». Je conseille souvent aux clients d’informer le médecin de ce qu’ils consomment en plantes ou en complément alimentaire, certains sourirons, mais beaucoup seront interrogatifs. N’oublions pas qu’un médecin prescrivant une médication (et les compléments alimentaires en sont ) en dehors du circuit pharmaceutique risquent une mise à pied, la encore, doit on rire ou pleurer.
Caroline GAYET. Pour ma part, j’aimerai que les bonnes boutiques telles l’herboristerie du palais royal soient plus nombreuses pour permettre à chacun en France de se procurer des tisanes et produits naturels de qualité avec un conseil judicieux.
J’aimerai aussi que davantage de médecins aient une attitude plus ouverte et juste à propos de la phyto. À l’heure actuelle, seuls ceux qui font la démarche de se former le sont, les autres n’ont qu’une vague notion des plantes puisque les médicaments qu’ils prescrivent en découlent pour la plupart. Néanmoins, on peut reprocher à certains d’être fermés ou sceptiques sur l’intérêt des thérapeutiques à base de plantes, ce que je trouve dommage. J’ai trop de patients qui se voient dire de leur médecin qu’ils prennent de la poudre de « perlinpinpin », que s’ils veulent qqch qui fassent effet placebo, ils peuvent ou qui jugent que la phyto ne marche pas, or c’est faux! Du coup, certains patients n’osent pas dire a leur médecin qu’ils utilisent des traitements naturels et c’est là que peuvent arriver des erreurs et des risques d’interactions. Heureusement, de plus en plus de professionnels médicaux comprennent le potentiel que les remèdes naturels ont, et ceux grâce aux retours positifs que leur font leurs patients. Plus on sera nombreux à leur faire part des bienfaits qu’on a eu en utilisant ces médecines douces, plus ils seront enclins à s’y intéresser et à les proposer. Une évolution des mentalités est en marche…

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TIRAGE AU SORT PARMI LES COMMENTAIRES : LE 23 OCTOBRE 2016.

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 Florian KAPLAR
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