Le soja et la puberté précoce

Voici le premier volet de la série « Florian Kaplar, j’ai une question… » initiée suite aux questions les plus fréquentes que vous m’envoyez. J’ai décidé de répondre aux plus emblématiques de façon courte, simple et rigoureuse. A chacun ensuite de se faire sa propre réflexion personnelle et de ne surtout croire personne sur parole, y compris moi. On va essayer en quelque sorte de tordre le coup aux idées reçues et aux fake news.

J’ai lu sur internet que le soja déclenchait la puberté précoce chez les jeunes filles, qu’en est-il s’il vous plaît ?

Réponse

Je peux vous le dire tout de suite, rassurez-vous :

« Aucun aliment consommé dans le cadre d’une alimentation diversifiée et équilibrée ne provoque de puberté précoce chez l’enfant. »

L’âge de la puberté est en baisse continue dans le monde entier, la France n’y échappe pas. Actuellement, il est de 10 ans et demi chez les filles et de 11 ans et demi chez les garçons. On parle de puberté précoce lorsque l’apparition des premiers signes de puberté survient avant 8 ans pour les filles et 9 ans pour les garçons. Les règles arrivent en moyenne à l’âge de 12 ans et demi (contre 16 ans en 1850, 14,5 ans au début du XXème siècle).

Il existe peu d’études sur l’incidence de la consommation de soja sur l’âge de la puberté. Mais, comme vous allez le constater, la littérature scientifique que j’ai analysée pour vous est plutôt rassurante : le soja est un faux coupable.

Selon une étude américaine de 2014, il n’y a aucun lien entre la consommation de soja et l’âge des premières règles chez les adolescentes de la communauté des Adventistes du septième jour qui consomment plus de soja que l’ensemble de la population [1].

Une étude colombienne de 2018 a suivi durant 12 mois 51 enfants répartis en deux groupes dont l’un a consommé quotidiennement un supplément de 45 g de protéines de soja dans un jus de fruit et l’autre un jus de fruit additionné de lait entier. Cette étude a confirmé que non seulement la consommation de soja n’affectait pas la maturation sexuelle ni le début de la puberté des garçons et des filles pré-pubères mais qu’elle avait amélioré l’état nutritionnel de certains enfants [2].

Une étude américaine de 2015 [3] a suivi durant sept années 1.239 filles âgées de 6 à 8 ans et n’a pas permis de mettre en avant une relation entre le développement pubertaire et l’excrétion urinaire d’isoflavones, des molécules présentes dans le soja et ses dérivés.

La grande revue scientifique à comité de lecture « Nature Reviews Endocrinology » a publié un article intitulé « High isoflavones intake delays puberty onset and may reduce breast cancer risk in girls » (Une consommation élevée d’isoflavones retarde l’apparition de la puberté et peut réduire le risque de cancer du sein chez les filles). L’une des deux études citées dans cet article, une étude allemande de 2010 [4], a établi que des apports élevés en isoflavones durant la prépuberté sembler retarder l’âge d’entrée dans la puberté.

La puberté et le risque de cancer
« Une consommation élevée d’isoflavones retarde l’apparition de la puberté et peut réduire le risque de cancer du sein chez les filles »
(Nature Reviews | Endocrinology, novembre 2010)

Les causes sont plutôt à chercher du côté…

1- de certains composants chimiques qui agissent comme des perturbateurs endocriniens. Selon une étude de décembre 2018, les phtalates, parabens, phénols, présents dans les cosmétiques qu’utilisent les jeunes filles et leurs mères, pourraient avoir un lien avec la survenue d’une puberté précoce [5]. Le soja, lui au contraire, pourrait contrer les effets négatifs d’une de ces substances affectant la reproduction, comme le bisphénol A et ainsi favoriser la fertilité de femmes bénéficiant d’une fécondation in vitro [6].

2- du surpoids de la mère ou de la fille, du stress émotionnel ou d’événements traumatiques dans la famille (abus sexuel, absence du père), selon les travaux des Dr Louise C. Greenspan et Julianna Deardorff [7]. Pour prévenir la puberté précoce, ces médecins suggèrent notamment l’allaitement au début de la vie et le maintien d’un poids santé avant et pendant la grossesse. En outre, d’après leurs constats, la consommation d’aliments à base de soja semble retarder l’âge de survenue de la puberté, contrairement à une croyance très répandue.

Le soja et la puberté

3- des protéines animales. En effet, une étude britannique de 2010 [8] a suggéré que des apports élevés en viande chez les jeunes filles pourraient entraîner une puberté plus précoce avec pour conséquence un risque augmenté de cancer du sein et d’ostéoporose au cours de la vie.

Comme toujours, prudence avec les études épidémiologiques qui n’établissent que des hypothèses et non des liens de cause à effet.

C’est une analyse que je vous propose. Si certaines situations individuelles ont pu faire croire que le soja pouvait être à l’origine du déclenchement de la puberté, la science dit tout autre chose.

A vous de compléter avec vos propres recherches et de confronter ces arguments aux vôtres ou à ceux que vous avez pu lire, sur internet ou ailleurs.

Gardez votre discernement, ne croyez personne sur parole !

Références :

1- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/24889551
2- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/29779250
3- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26335517
4- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20631200
5- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/30517665
6- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/26815879
7- https://www.nytimes.com/2015/02/05/opinion/what-causes-girls-to-enter-puberty-early.html
8- https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/20529402

Portez-vous bien !