Jeune therapeutiqueVous savez déjà que je pratique le jeûne intermittent, mais, la semaine du 15 août, profitant d’un temps un peu plus calme professionnellement, j’ai eu envie de faire un jeûne hydrique d’une semaine, comme je le pratique à peu près deux fois par an.
C’est une aventure assez extraordinaire. Pendant une semaine, on n’absorbe aucune nourriture solide, c’est-à-dire qu’on ne boit que de l’eau ! Si l’on veut, on peut aussi boire des jus de fruits, des bouillons de légumes et des tisanes.
La première fois, on se demande même comment cela est possible tellement nous sommes conditionnés : si on ne mange pas toutes les 4-5 heures, c’est forcément l’hypoglycémie voire la syncope !
Et pourtant, vous allez voir avec ce récit qu’il n’en est absolument rien. Nos ancêtres étaient loin d’avoir accès à de la nourriture en permanence et des milliers si ce n’est des millions de personnes pratiquent le jeûne à travers le monde, sereinement, pour leur plus grand bienfait, à condition bien entendu de suivre quelques règles de précaution car il existe certaines contre-indications.
J’en profiterais aussi pour porter à votre connaissance une nouvelle étude qui confirme que la restriction calorique augmente la longévité chez les vers ronds (nématodes), les conclusions étant selon les auteurs porteuses de promesses pour l’homme.
Enfin, je vous suggérerais quelques références, à lire, voir ou écouter, pour approfondir le sujet, à commencer par le formidable documentaire déjà diffusé sur ARTE en mars 2012 « Le jeûne, une nouvelle thérapie », qui sera rediffusé le 19 septembre prochain. Je vous proposerais notamment quelques livres dont un ebook gratuit « Le jeûne » de H.M. Shelton (qui date de 1934), ainsi que deux émissions de France Inter à réécouter en podcast.
Au départ, mon intérêt porté au jeûne est parti de discussions que j’ai eues avec des musulmans sur le ramadan, un rite qui m’intriguait particulièrement… Voulant en savoir plus sur la privation volontaire de nourriture, je me suis documenté et c’est là que j’ai découvert que de nombreuses personnes, croyantes ou non, décidaient d’elles-mêmes de se mettre pendant plusieurs jours « à l’eau et au pain sec », seules ou en groupes, parfois même en faisant de la randonnée ! J’avoue que lorsqu’on prend connaissance de tout cela la première fois, cela heurte et pas qu’un peu…
Êtes-vous prêts à découvrir le jeûne et ses vertus ?

Mon premier jeûne

Ne sachant pas trop par où commencer, je me suis procuré le livre « L’art de jeûner, manuel du jeûne thérapeutique Büchinger » du Dr Françoise Wilhemi de Toledo qui dirige une clinique en Allemagne, spécialisée dans le jeûne thérapeutique. Ce livre bien documenté explique comment le jeûne se pratique dans cette clinique et décrit les bienfaits que les patients en retirent. Le livre indique comment se préparer, comment s’alimenter les jours qui précèdent le jeûne, comment se déroule une journée-type durant la période de restriction, et, surtout, comment doit se faire la reprise alimentaire progressive à l’issue du jeûne. C’est une phase très importante, garante du succès du jeûne.
Il est nécessaire de se sentir prêt psychologiquement. J’ai envisagé pour ma part le jeûne comme un challenge en me disant que si autant de personnes à travers le monde (Russie, Allemagne, etc.) y parviennent, il n’y avait aucune raison que je n’en sois pas capable moi non plus, d’autant que j’avais quelques « réserves » dont je me disais qu’il serait bien de m’en délester… Une fois la décision prise, j’ai attendu la période la plus propice pour me lancer. Le mieux est de le faire durant un congé ou une période où vous savez que vous ne serez pas trop sollicité. C’est sûr qu’il va falloir éviter le repas de midi avec les collègues et décliner les invitations au resto ou chez des amis. N’ayez pas l’idée saugrenue de remplir votre frigo la veille de jeûner ! Dites-vous simplement que vous allez mettre votre système digestif au repos. Mais vous verrez que c’est bien plus que cela

La préparation

Durant la semaine qui précède le premier jour d’abstinence de nourriture, il est recommandé de modifier son alimentation en évitant les plats trop riches. Evitez ou supprimez les sucreries, les produits raffinés, l’alcool, le café, le thé, les protéines animales, et privilégiez au contraire les légumes et les fruits, et, pour ceux qui en consomment, les céréales et les laitages. Pour nos amis fumeurs, la décision de faire un jeûne devra nécessairement s’accompagner d’une baisse progressive puis une suppresion de la consommation de tabac les jours qui précèdent le jeûne car il est totalement exclu de pouvoir fumer durant le jeûne. Qui sait, le jeûne pourrait être pour vous le point de départ de votre sevrage du tabac.
La veille du jeûne, vous pourrez faire une journée monodiète, par exemple des fruits ou du riz complet. Lors de mon premier jeûne, je n’étais pas encore végétarien mais j’avais fait une cure de raisins.

Le premier jour de jeûne

Il arrive… attendu et craint en même temps, en se demandant ce qui va bien pouvoir se passer avec notre corps qui n’a jamais vécu l’expérience de n’avoir, temporairement, aucun aliment pour le nourrir : comment la machine va t-elle fonctionner ? Y a t-il des risques pour ma santé ? Des fonctions vitales vont-elles être mises en danger ? Suis-je un inconscient de m’infliger pareille « épreuve » ? Bref, ces questions sont normales et légitimes. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’il est important, durant toute la période de jeûne, de rester à l’écoute de son corps et de ne pas prolonger le jeûne si la situation vous paraît insurmontable. Il est clair, et je ne vous le cache pas, que le premier jeûne est plus difficile que les suivants. Surtout n’insistez pas si vous ne vous sentez pas en mesure de continuer. Si vous le souhaitez, vous pouvez très bien commencer, en douceur, par un jeûne court de 24 ou 48 heures, puis, lors des jeûnes suivants, vous allongerez progressivement la durée, en fonction de votre propre ressenti. On ne fait pas de suite l’ascension du Mont Ventoux quand on apprend à faire du vélo !
Le premier jour, le corps est encore nourri des aliments mangés la veille, mais la faim va fatalement se ressentir et il faut dans ce cas boire énormément, 2 litres par jour au minimum, cela calme un peu la sensation de faim. Essayer de penser à autre chose et de ne pas ruminer.
Ma journée-type : le matin, une tisane avec une cuiller à soupe de miel, le midi : un jus de fruits fraîchement pressés et le soir un bouillon. Je mets une cuiller à soupe de pâte à miso, achetée en magasin bio, dans un bol d’eau chaude, mais vous pouvez aussi faire vous-même un bouillon de légumes ou utiliser un bouillon-cube.
Ce n’est qu’au bout de 2 ou 3 jours que la faim disparaît complètement puisque là, l’estomac et les intestins sont complètement vides et il n’y a plus aucun signal envoyé au cerveau. Continuez à toujours boire énormément.
Au bout du 3e jour, il est fort probable que vous ressentiez une gêne due aux matières fécales résiduelles qui n’ont pu être expulsées. Pour ma part, je prends un verre de chlorure de magnésium jusqu’à disparition de la gêne. Vous trouvez le chlorure de magnésium en pharmacie, en sachet de 20 g, il est à dissoudre dans un litre d’eau. Certaines personnes ont recours aux lavements.

Un sentiment de liberté et de béatitude

Vous commencez à ressentir les premiers signes agréables du jeûne : votre corps et ses fonctions semblent s’être mis sur « pilotage automatique ». Vous n’avez plus faim, vous perdez du poids, vous semblez débarrassé du stress, votre mental est plus fort, vous vous sentez apaisé. Le temps consacré à la préparation des repas et à la vaisselle peut être mis à profit pour vous oxygéner et marcher une heure ou plus chaque jour. Vous appréciez chaque instant de la journée comme si vous les viviez en pleine conscience. Ne négligez pas le repos et accordez vous de bonnes nuits de sommeil. Vous allez dormir comme un bébé…
Moi qui avais l’habitude à l’époque de ce premier jeûne de pratiquer la natation à la pause méridienne, je me demandais si j’allais maintenir ma séance hebdomadaire. Me sentant en parfaite forme, je me suis donc décidé à me rendre à la piscine en me demandant si je n’allais pas couler en plein milieu du bassin ! C’est tout le contraire qui est arrivé. Je me sentais bien, presqu’euphorique, me demandant d’où me venait toute cette énergie et ce bien-être.
Parmi les autres phénomènes ressentis durant ce jeûne, je peux citer ceux-là, très positifs : une peau plus belle, un esprit plus clair et une amélioration notable de l’acuité visuelle, c’était assez impressionnant. En revanche, j’ai rencontré quelques désagréments les premiers jours de jeûne (mais ils s’estompent lors des jeûnes suivants, comme si le corps s’habituait) : des vertiges le matin ( pour éviter cela, il faut sortir du lit en douceur, en commençant par s’asseoir sur le bord, puis en se levant lentement) ; des courbatures ; d’autres ont des nausées (cela n’a pas été mon cas), mais il est un désagrément auquel aucun jeûneur n’échappe : l’haleine fétide contre laquelle hélas on ne peut pas grand’chose.
A noter : durant le jeûne, la libido s’écroule complètement et vous ne ressentirez aucun besoin ni désir à ce niveau là. Si vous êtes en couple, mieux vaut avertir votre conjoint dans ce cas pour qu’il n’y ait pas d’équivoque !
Arrive, sans qu’on y pense, le dernier jour de jeûne, que vous vivrez de façon agréable, en pensant aux plat que vous aurez envie de préparer lorsque la période de restriction sera terminée. Mais comme je le disais plus haut, il y a une erreur à ne pas commettre, celle qui consisterait à se remettre de suite à manger « normalement ».

La phase de reprise alimentaire

Cette phase est tout aussi importante que celle qui précède le jeûne. Le premier jour de reprise alimentaire : le matin, prenez votre tisane ou de l’eau comme lorsque vous jeûniez. Ensuite, vers 10h, vous pouvez prendre un jus de fruit frais si vous le souhaitez, en savourant chaque gorgée que vous avalerez lentement, en reposant le verre entre chaque gorgée.
A midi, prenez un fruit, retrouvez le plaisir de croquer une pomme par exemple (ou un autre fruit de saison). Et je vous conseille là de vous alimenter de la même façon que vous l’avez fait durant les jours précédent le jeûne. Prenez de petites portions, laissez le temps à votre corps et à votre estomac de se réhabituer à la nourriture, faute de quoi vous annihilerez tous les bienfaits procurés par votre jeûne.
Le soir, prenez par exemple une salade et un bol de riz complet. Augmentez progressivement votre ration les jours qui suivent et vous pourrez réintroduire les protéines animales.
Le lendemain et le surlendemain, commencez votre journée par une crème Budwig, un petit déjeuner composé d’aliments cru, plein de vitalité. La recette est donné dans mon article sur le petit déjeuner idéal. Maintenez une reprise alimentaire progressive et réintroduisez les aliments que vous souhaitez consommer.
Une expérience unique en soi ! Le jeûne m’a permis de revoir complètement ma façon de m’alimenter et mon rapport à la nourriture est devenu beaucoup moins compulsif. 
Avant de vous proposer quelques sources documentaires, je souhaiterais porter à votre connaissance une nouvelle étude émanant de l’Institut Planck, qui s’ajoute à celles déjà très nombreuses démontrant les liens (chez l’animal) entre restriction calorique et espérance de vie, même si les mécanismes restent encore obscurs. Cette étude ouvre une piste de compréhension de ces mécanismes, avec l’identification de récepteurs hormonaux qui seraient impliqués dans le métabolisme et la longévité.

La restriction calorique pour prolonger l’espérance de vie ?

Selon cette étude allemande conduite sur des ascaris (vers) par des chercheurs de l’Institut Max-Planck, l’effet de la restriction calorique sur la biologie du vieillissement et sur l’espérance de vie trouverait son explication dans l’implication de récepteurs hormonaux (des protéines) contrôlant le métabolisme.
L’espérance de vie des vers utilisés est d’une vingtaine de jours. Leur génome est connu, et il se trouve qu’ils possèdent plusieurs gènes similaires à ceux de l’être humain.
Les chercheurs ont découvert que le récepteur hormonal NHR-62 augmente la durée de vie des vers de 25% lorsque l’apport en calories est réduit. Ce récepteur serait à l’origine de la lypolyse, l’autophagie et la diminution des triglycérides constatées lors de la mise en restriction calorique.
La durée de vie serait donc contrôlée par une hormone, actuellement inconnue, se liant à ce récepteur. Selon le directeur de recherches, Adam Antébi, la découverte de cette hormone permettrait de prolonger la durée de vie des vers sans avoir à passer par une restriction calorique.
De plus, dans une seconde étude de ce même institut, M. Antébi a mis en avant un autre récepteur hormonal (NHR-8) qui serait responsable du vieillissement. Chez les vers qui sont dépourvus de cette protéine réceptrice, les scientifiques ont constaté que les vers restaient plus longtemps dans une phase pré-pubertaire mais mouraient plus tôt que les vers qui en sont pourvus.
Ce récepteur est en fait responsable de l’équilibre du cholestérol. Privé du récepteur NHR-8, le ver ne peut produire en quantité suffisante les hormones stéroïdes du cholestérol, ce qui a pour conséquence de réduire son espérance de vie. L’être humain disposant de récepteurs analogues, le métabolisme du cholestérol pourrait de façon comparable impacter son développement physique et sa longévité !
On n’a pas fini de parler du cholestérol…
Pour aller plus loin : http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3723528/
Cet article en anglais, extrait de la base de données gouvernementale américaine NCBI, reprend de nombreuses références (une soixantaine) d’études portant sur la restriction calorique et ses effets sur l’insuline, le cholestérol, la température du corps, etc. Vous pouvez également vous référer à ces articles publiés sur ce blog.

Quelques sources documentaires sur le jeûne thérapeutique

Le documentaire diffusé sur ARTE « le jeûne une nouvelle thérapie » qui a suscité un grand intérêt lors de sa diffusion en mars 2012 (merci ARTE !)

=> présentation du documentaire qui sera rediffusé le 19 septembre : http://www.arte.tv/fr/le-jeune-une-nouvelle-therapie/6412060.html
=> le dossier de presse d’ARTE : http://download.pro.arte.tv/uploads/DDP-Jeune.pdf
=> le DVD du documentaire

=> le livre de Thierry de Lestrade, l’un des auteurs du documentaire

Livres, presse, radio

=> Deux émissions de France Inter diffusées en 2012 :
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-le-jeune-une-alternative-therapeutique
http://www.franceinter.fr/emission-service-public-jeuner-pas-mange
=> L’article du Monde paru le 15/08/2013 : http://www.lemonde.fr/planete/article/2013/08/15/le-jeune-en-vogue-mais-controverse-est-il-si-bon-pour-la-sante_3443212_3244.html
=> L’art de jeûner, manuel du jeûne thérapeutique Buchinger de Françoise Wilhelmi de Toledo

=> Le grand livre du jeûne de Jean Claude Noyé

=> Le jeûne : Maigrir, éliminer, se désintoxiquer d’Hellmut Lüzner

=> Le jeûne de Gisbert Bolling

=> Le livre de H. M. Shelton, une référence sur le jeûne, paru en 1934. A télécharger gratuitement en cliquant sur la couverture ci-après :
Le jeune Shelton

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En guise de conclusion, même si le jeûne est loin d’avoir livré tous ses secrets, on peut légitimement se demander si notre corps ne serait finalement pas mieux programmé pour résister à la privation temporaire de nourriture plutôt qu’à l’excès de nourriture qui engendre des tas de maladies dites de civilisation comme l’obésité et le diabète ?

Dans nos sociétés d’opulence où l’alimentation, pas toujours de qualité (sucreries, plats industriels, grignotage) est accessible en permanence, le secret pour être en santé ne résiderait-il pas dans la modération et la privation temporaire ?

A vous de tester par vous-même cette pratique ancestrale éprouvée qui commence seulement à faire, timidement, l’objet d’études dans le monde occidental.

N’hésitez pas à laisser un commentaire ci-dessous en racontant votre propre expérience.

AVERTISSEMENT : le jeûne n’est pas une pratique anodine et ne peut être suivi par les personnes souffrant de certaines pathologies. Aussi, il est préconisé de vous adresser à un professionnel de santé si vous pensez que votre état de santé n’est pas compatible avec la pratique du jeûne.

Portez-vous bien !
 Florian KAPLAR
© Naturopathie Passion

Portez-vous bien !